Lunettes anti-lumière bleue : ce qu'elles valent vraiment
par laqi
Chez l'opticien, la question arrive entre le choix de la monture et le passage en caisse.
« Vous prenez le traitement anti-bleu ? »
Vous passez vos journées devant un écran, vous dormez moyennement, alors vous dites oui. Ça ne peut pas faire de mal.
Ça ne fait sans doute pas de mal, en effet. Mais est-ce que ça fait du bien ? C'est là que les études deviennent intéressantes.
Précision avant de commencer : cet article est écrit par laqi. Nous ne vendons pas de lunettes, mais nous vendons des lumières, et nous avons un avis sur la question. Nous nous en tenons aux études.
Lunettes anti-lumière bleue : ce que dit la science
En août 2023, la revue Cochrane, qui fait référence pour synthétiser les essais médicaux, a rassemblé 17 études sur les lunettes anti-lumière bleue, menées auprès de 619 adultes. Ses conclusions :
- contre la fatigue des yeux devant un écran, elles pourraient ne pas apporter de bénéfice à court terme (preuves de faible certitude) ;
- pour le sommeil, l'effet est indéterminé : trois essais trouvent un mieux, trois autres rien ;
- pour la protection de la rétine, aucune étude ne l'a mesurée.
L'Anses arrivait déjà à une conclusion proche en 2019 : l'efficacité de ces verres pour protéger la rétine est « très variable », et pour préserver l'horloge biologique, elle « n'est pas prouvée aujourd'hui ».
Un filtre qui ne vise pas le bon bleu
Il y a une raison simple à ces résultats décevants. L'Anses distingue deux bleus : un bleu profond, vers 450-470 nanomètres, qui peut abîmer la rétine à forte dose, et un bleu turquoise, vers 480-490 nanomètres, auquel l'horloge du corps est la plus sensible.
Les cellules qui règlent l'horloge réagissent surtout vers :
480 nanomètres.
Or les verres clairs vendus pour les écrans annoncent, selon leurs fabricants, filtrer surtout sous 410 nanomètres, ou jusqu'à 450. Le bleu que regarde l'horloge passe en grande partie à côté.
C'est un peu une moustiquaire qui arrête les mouches mais laisse passer les moustiques. Elle fait quelque chose, mais pas ce qu'on lui demande.
Une équipe de Hong Kong l'a vérifié en 2017. Selon ses calculs, ces verres clairs réduisaient l'effet de la lumière sur la mélatonine, l'hormone de la nuit, de 5,8 à 15 % seulement. Et plus de 70 % des volontaires ne voyaient aucune différence avec des verres normaux.
Et les verres orange ou rouges, le soir ?
C'est une autre histoire. Les verres ambrés ou rouges coupent beaucoup plus de bleu, et d'ailleurs beaucoup de lumière tout court. Un fabricant annonce pour ses verres rouges « de nuit » une transmission de 29 % de la lumière visible. On porte, en somme, un variateur sur le nez.
Une revue de 2021 juge ces lunettes ambrées prometteuses pour s'endormir plus vite, chez des personnes qui ont des troubles du sommeil, des horaires décalés ou un décalage horaire. Pour la population générale, la preuve reste faible. Et puisqu'elles assombrissent beaucoup la vue, elles n'ont rien à faire sur le nez au volant, la nuit.
Les modèles et leurs prix
Quelques exemples, avec les prix relevés sur les sites des fabricants le 12 octobre 2026 :
- Barner, modèle Dalston, verres clairs pour écran : 59 € en verres neutres.
- Horus X, modèle Stockholm, verres clairs : 59,90 €.
- Horus X, gamme Recovery, verres rouges pour le soir : de 69,90 € à 99,90 €. Le fabricant écrit lui-même que la preuve d'un meilleur sommeil chez l'adulte en bonne santé reste discutée.
Les pourcentages de filtrage affichés sur les boîtes viennent des fabricants, sur des plages de couleurs qu'ils choisissent. Nous n'avons trouvé aucune mesure indépendante pour ces modèles. Quant aux modèles sans marque des grandes plateformes, impossible de savoir ce qu'ils filtrent vraiment.
Ce qui compte davantage le soir
Le soir, un téléphone envoie 2 à 10 lux à vos yeux, selon l'Anses. Le plafonnier d'un salon, souvent 50 à 200. On met des lunettes pour l'écran, et on laisse la pièce allumée.
Les gestes qui comptent davantage sont souvent plus simples :
- baisser la lumière de la pièce et choisir des teintes chaudes ;
- baisser la luminosité de l'écran, en plus de sa couleur ;
- le poser un moment avant de dormir ;
- et le jour, prendre de la lumière, beaucoup. Porter des verres filtrants toute la journée prive même l'horloge d'une partie du signal qui lui indique le matin.
Pour les yeux qui piquent après une journée d'écran, les vraies réponses sont ailleurs : pauses, distance, reflets, et une correction de la vue à jour. On en parle dans comment éviter la fatigue visuelle. Et pour tout savoir sur ce bleu, il y a notre article de fond.
Changer la lumière plutôt que la filtrer
Plutôt que de filtrer la lumière devant vos yeux, laqi la change à la source. Nos lumières suivent la course du soleil de votre ville : solaires le jour, elles reproduisent la lumière du feu le soir, et baissent pendant les 2 heures avant votre heure de coucher. Personne n'a besoin de penser à enfiler quoi que ce soit.
Le principe est expliqué dans notre article sur la lumière qui suit le soleil. Pour commencer, il y a La Boréale, des segments de lumière aimantés qui font aussi suivre le soleil aux ampoules laqi. Elle arrive sur Kickstarter le 23 octobre 2026. Être prévenu du lancement.
Questions fréquentes
Ces lunettes sont-elles efficaces ?
Contre la fatigue des yeux, probablement pas, selon la revue Cochrane de 2023. Pour le sommeil, les résultats se contredisent. Pour la protection de la rétine, aucune étude ne l'a mesurée.
Aident-elles à dormir ?
Les verres clairs, très peu. Les verres ambrés portés le soir donnent des résultats encourageants chez des personnes qui ont des troubles du sommeil, mais la preuve reste faible pour tout le monde.
Faut-il les porter toute la journée ?
Rien ne le justifie. Le jour, la lumière est même utile à votre horloge. Si vos yeux fatiguent ou que votre vue baisse, un contrôle chez l'ophtalmologiste sera plus utile.
Pour la petite histoire
Sur les boîtes, la protection des yeux est un argument qui revient souvent. C'est justement ce que la plus grande synthèse sur le sujet n'a pas pu évaluer : aucun des 17 essais ne l'avait mesurée.
La promesse la plus vendue est aussi la moins étudiée.
Sources
- INRS, ED 922 « Mieux vivre avec votre écran » (2018)
- Singh S. et al., « Blue-light filtering spectacle lenses for visual performance, sleep, and macular health in adults », Cochrane (2023)
- Anses, « LED : les recommandations de l'Anses pour limiter l'exposition à la lumière bleue » (2019)
- Anses, « Effets sur la santé humaine et sur l'environnement des diodes électroluminescentes (LED) », avis et rapport (2019)
- Leung T. W. et al., « Blue-Light Filtering Spectacle Lenses: Optical and Clinical Performances », PLoS ONE (2017)
- Hester L. et al., « Evening wear of blue-blocking glasses for sleep and mood disorders », Chronobiology International (2021)
- Münch M. et Bromundt V., « Light and chronobiology: implications for health and disease », Dialogues in Clinical Neuroscience (2012)
- Barner, fiche du modèle Dalston (prix relevé le 12 octobre 2026)
- Horus X, fiche du modèle Stockholm (prix relevé le 12 octobre 2026)
- Horus X, gamme Recovery (prix relevés le 12 octobre 2026)